Pendant longtemps, l’idée de m’aider de l’IA pour rédiger mes contenus m’a paru inconcevable. Pour la littéraire que je suis, qui écrit à la force du poignet depuis 20 ans, c’était même un peu vulgaire, presque paresseux. Et ce que je voyais passer sur mon fil LinkedIn ne m’encourageait guère : des posts lisses, interchangeables, qui sentaient l’IA à plein nez.
Mes échanges avec Émilie Lebrun m’ont permis de changer de point de vue. Émilie est une geek, au meilleur sens du terme : à 12 ans, elle programmait sur son premier ordinateur, avant de démonter les machines pour comprendre ce qu’il y avait dedans. Cofondatrice de Whodunit, l’une des agences WordPress de référence en France, qu’elle a dirigée pendant 16 ans, elle accompagne aujourd’hui entrepreneurs et dirigeants, notamment sur l’IA. Elle m’a fait comprendre qu’en refusant l’IA, je passais à côté de précieux gains de temps, et que l’enjeu était moins de lui confier ma plume que d’apprendre à bien m’en servir.
Le 15 octobre, nous avons consacré notre afterwork « Paroles de dirigeantes » à ce sujet. Dans cet article, je reviens sur les trois leçons que je retiens de cette soirée, et sur la façon de les appliquer à vos propres contenus.
récemment échangé avec Jimena Sengenes, ma partenaire privilégiée en marketing digital, qui a passé près de 10 ans chez Yves Rocher en tant que responsable des contenus digitaux. Elle m’a expliqué l’histoire du fondateur de cette marque iconique qui a bercé mon enfance : toute ma famille, bretonne, avait des produits Yves Rocher dans sa salle de bains et attendait chaque mois avec impatience de recevoir le catalogue et le cadeau personnalisé. Grâce à cet échange, j’ai mesuré à quel point ce jeune breton avait déjà tout compris des grands principes du marketing, et en quoi son histoire pouvait tous et toutes nous inspirer dans nos business, y compris lorsqu’on vend du conseil ou de la prestation intellectuelle.
1. Contenus sans saveur : pourquoi l’IA nous a tous épuisés
Écrire, c’est laborieux, difficile, et ça prend du temps. Quand les IA génératives sont arrivées, leurs créateurs nous ont vendu un miracle : en rédigeant quelques mots dans une fenêtre de discussion, nous obtenions des contenus prêts à être publiés.
Beaucoup ont été émerveillés qu’un outil produise du texte tout seul, et ont oublié l’essentiel : derrière un contenu, il y a une histoire, une personne, et en face, des lecteurs qui ont besoin de sentir qu’on s’adresse à eux.
C’est tout le principe de ce que les anglophones appellent, de façon très poétique, le « shit in, shit out » : si vous donnez à l’IA une matière pauvre, elle vous rendra un texte pauvre. Des milliers de personnes ont utilisé les mêmes prompts tout faits, recopié les mêmes méthodes, et obtenu les mêmes textes, avec les mêmes tics : les tirets à tout bout de champ, les tournures du type « ce n’est pas Y, c’est X », les phrases courtes juxtaposées.
Bonne nouvelle : ces contenus commencent à être pénalisés. Les lecteurs les repèrent désormais à des kilomètres, et les plateformes s’en mêlent : LinkedIn permet de signaler un « contenu généré par IA » (même si le principe de ce bouton, qui appelle à la délation, pose question), et les algorithmes, comme ceux de Substack, apprennent à moins les mettre en avant. Se servir de l’IA pour rédiger des contenus sans saveur a désormais pour conséquence de vous rendre invisible.
2. Alors, faut-il oublier l’IA pour votre visibilité ?
Je ne le crois pas, car ce serait passer à côté d’un formidable levier de productivité, particulièrement utile pour les entrepreneur(e)s et solopreneur(e)s qui sont à la fois au four et au moulin. En revanche, il faut savoir pourquoi on l’utilise, et la réponse dépend beaucoup de votre façon de développer votre activité.
Avant d’ouvrir votre IA, demandez-vous : combien de contenus votre cible a-t-elle réellement le temps de lire ? La réponse varie beaucoup d’une stratégie à l’autre. Émilie, par exemple, a fait des contenus le moteur de son développement : en 16 ans d’agence, elle n’a jamais démarché, et elle publie aujourd’hui deux newsletters, un podcast, des vidéos et un post LinkedIn par jour, un rythme qu’elle ne pourrait pas tenir sans l’IA. Pour ma part, je pratique plutôt le slow marketing : moins de contenus, mais plus fouillés. Même dans ce cadre, l’IA m’est précieuse. Lorsque j’ai lancé la newsletter Visiblement, je pensais ne pouvoir tenir qu’un numéro par trimestre ; elle est aujourd’hui mensuelle. Les plumes me comprendront : ce sont les 20 derniers pourcents qui coûtent, ceux où l’on retravaille chaque formule dix fois. Ceux-là, je les optimise désormais dans un ping-pong avec l’IA, sans que mes textes soient pour autant écrits par elle.
3. Bien configurer son IA : le temps investi au départ qui fait gagner un temps précieux ensuite
Configurer correctement son IA revient à accueillir un stagiaire ou un nouveau collaborateur dans son équipe : si vous ne lui expliquez rien, il ne peut pas travailler correctement. Il a besoin de connaître les règles du jeu, puis d’apprendre à vous connaître. C’est ce qu’on appelle le passage du prompt engineering, l’art de bien formuler ses demandes, au context engineering : ce qui fait la différence, c’est tout ce que l’IA sait de vous avant même que vous lui posiez une question.
Concrètement, cela suppose de créer un espace dédié à chaque support — un projet dans Claude, un agent dans d’autres outils — plutôt que de tout mélanger dans des conversations qui finissent par se perdre. Comme un salarié à qui l’on demanderait d’exceller à la fois en marketing, en finance et en production, une IA à qui l’on confie tout s’y perd. J’ai ainsi créé un projet « Newsletter », un projet « LinkedIn Nathalie », et un projet pour chacun des clients dont je rédige les posts.
Configurer son IA, projet par projet, a par ailleurs une vertu importante : cela oblige à répondre à des questions de fond. Ma newsletter sert-elle à fidéliser, à convertir ou à me faire découvrir ? Sur LinkedIn, sur quels sujets est-ce que je veux être identifiée, et quelles réactions est-ce que j’attends de mes posts : un commentaire, une prise de contact, une inscription à un événement ? Sur Instagram, quelle part de moi est-ce que je choisis de montrer, et comment ce compte prolonge-t-il ce que je dis ailleurs ? Et pour chacun de ces supports, à qui je m’adresse, avec quel ton, et quels comptes m’inspirent ou, au contraire, ne me ressemblent pas ?
Les réponses forment une base documentaire. Au-delà du fait qu’établir cette base documentaire vous oblige à clarifier vos objectifs, support par support, elle présente un autre avantage très important : elle vous appartient, que vous la rangiez dans un Drive, dans Notion ou sur votre ordinateur. Les technologies et les outils évoluent si vite qu’aujourd’hui, Claude peut paraître le plus adapté à la rédaction de contenus, mais demain, ce sera peut-être Gemini ou ChatGPT. S’être constitué une base documentaire vous rend indépendant de l’outil, et diminue le coût que représente le fait d’en changer.
Une fois votre IA configurée, reste à bien dialoguer avec elle, en gardant la main sur vos textes. Si vous lui demandez « fais-moi un post sur tel sujet », vous obtiendrez un texte quelconque. Racontez-lui plutôt que vous étiez hier à telle conférence, que vous y avez rencontré telle personne, qu’elle vous a dit ceci. Puis corrigez : ce ton ne vous ressemble pas, cette formule est trop convenue, ce passage est trop long. C’est dans ces allers-retours que l’IA devient vraiment utile, et que le texte reste le vôtre.
Pour conclure
Ce que je recommande à mes clients depuis plus de 10 ans reste plus valable que jamais à l’heure de l’IA : être au clair sur ce que l’on veut dire, définir une marque personnelle pertinente et différenciante, et rester cohérent(e) sur tous ses supports. L’IA ne fait pas ce travail à votre place. Dès lors que tout cela est clair, elle devient un formidable outil pour vous aider à gagner du temps et à rester visible.
Je mesure à quel point l’IA peut être un atout précieux pour les clients que j’accompagne.
Votre expertise mérite d’être choisie. Encore faut-il qu’elle soit visible.
Cet article est inspiré de l’afterwork « Paroles de Dirigeantes » organisé le 15/10/26 au cours duquel Emilie Lebrun, business partenr des entrepreneurs et dirigeants après avoir fondé et dirigé pendant 16 ans une agence web leader dans son domaine, était notre grand témoin. Merci à elle pour cette intervention ultra riche et précieuse.
Envie d’aller plus loin ?
Ecrivez avec l’IA sans perdre votre patte
Le 17 novembre, Émilie et moi animons à deux voix l’atelier en visio « Écrivez avec l’IA sans perdre votre patte ». En 1h30, Émilie vous montrera la configuration technique, et je vous guiderai pour construire votre contexte et votre base documentaire. Cas pratique sur Claude et LinkedIn, transposable à vos autres supports.





Laisser un commentaire